Les maraudes mixtes : présentation d’un dispositif innovant

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Les maraudes mixtes : présentation d’un dispositif innovant

 

Depuis 2018, ACINA participe à la mise en œuvre d’un nouveau dispositif lancé dans le cadre de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté qui vise à garantir les droits de tous les enfants: les maraudes mixtes. Basées sur la méthode de “l’aller-vers”, ces maraudes visent à repérer, accompagner et orienter toutes  les familles à la rue, en squat ou en bidonville, vivant dans des situations indignes et sans solution d’hébergement ou de logement.

 

L’objectif de l’Etat à travers cette mesure est de “sortir les enfants des rues, squats et bidonvilles par un accompagnement des familles en mobilisant tous les leviers disponibles pour rompre de manière définitive le schéma de la reproduction de la pauvreté”.

 

ACINA impliquée dès les prémices des maraudes mixtes 

 

ACINA a été conviée fin 2018 à participer à la réflexion sur le référentiel encadrant ce nouveau type d’action. Au côté du CNDH Romeurope, de l’UNICEF, de la Fédération des Acteurs de la Solidarité, l’association a participé à 3 groupes de travail permettant de définir le cadre d’action. Un document rassemblant ces contributions et signé par une vingtaine d’associations a été produit et pris en compte par les pouvoirs publics, notamment la Direction Générale de la Cohésion Sociale, organisatrice de la démarche.

 

Il était primordial pour ces associations que la reconnaissance et la prise en compte du phénomène des enfants à la rue ne mènent pas à la confusion entre précarité et enfance en danger. Ce plaidoyer a abouti et le document de référence de l’Etat souligne ainsi : “L’action de ces maraudes mixtes est toujours guidée par l’intérêt supérieur de l’enfant. Ainsi, si la précarité de la cellule familiale doit mobiliser les acteurs pour soutenir et protéger l’enfant, elle ne doit en aucun cas constituer un critère de placement. La situation de l’enfant doit être appréciée au regard du respect de ses besoins fondamentaux tels qu’ils ont été définis lors de la démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’Enfance”

 

Une mise en oeuvre dans le Val d’Oise

 

Les maraudes sont dites “mixtes” car elles associent pour la première fois les compétences de l’Etat – veille sociale / logement / hébergement/scolarisation- et celles du département – action sociale et protection de l’enfance, par le biais d’une contractualisation entre ces deux acteurs.

 

Dans le Val d’Oise, le Conseil Départemental en lien avec la Direction Départemental de la Cohésion Sociale a lancé le dispositif avec 4 associations : ADVOG, Les Restos du Cœur, la Croix-Rouge française et ACINA, afin de former deux binômes. ACINA et la Croix-Rouge française ont ainsi collaboré et une équipe de deux travailleuses sociales s’est formée début 2020. Lors des réunions de lancement, il a été acté qu’il n’y aurait pas de diagnostic territorial sans un lancement opérationnel des actions de maraudes. Le Val-d’Oise est ainsi le seul département d’Ile-de-France qui réalise le diagnostic de territoire (recommandé par le référentiel) en parallèle du déploiement de l’action opérationnelle, grâce aux informations collectées par les équipes de terrain.

 

De l’aller-vers à l’accompagnement : rendre visibles les invisibles

 

Pour situer les maraudes mixtes, il est important de définir les différents types de maraudes existantes dans le système français d’action sociale. On peut en distinguer deux types principaux :

  • Les maraudes d’urgences (ou de distribution) qui permettent de combler les besoins d’urgence des personnes de la rue et d’apporter un soutien matériel immédiat. 

  • Les maraudes d’accompagnement ou de lien social qui proposent des moments d’échanges, de discussions et un accompagnement social dans la durée.

 

Les maraudes mixtes s’apparentent aux maraudes de lien social avec la particularité de s’adresser à la cellule familiale et donc aux enfants. La base de la relation est la création d’un lien de confiance avec les personnes et enfants rencontrés qui permet d’amorcer une ouverture des droits et un accompagnement par les acteurs du droit commun. 

 

Tout l’intérêt de ce dispositif c’est de mettre en lumière les invisibles souligne Johana. “En allant sur les terrains, dans les squats ou à la rue on peut repérer des personnes (ménages avec des enfants) à risque et intervenir de façon adéquate”avec le concours de partenaires tels que les services départementaux de l’Aide Sociale à l’Enfance, le Service Social Départemental, la Permanence Maternelle et Infantile, le Service d’Intégration d’Accueil et d’Orientation etc. Le lien avec les autres missions d’ACINA n’est jamais loin. “Récemment on a pu faire le lien entre une personne en situation de risque avec un bébé malnutri et un accompagnement que nous menons en parallèle.” Une complémentarité des regards et des actions qui permet une intervention efficace. A l’image de l’ambition des maraudes mixtes.

 

COVID, confinement et Maraudes Mixtes ?

 

Le confinement a forcément eu un impact sur la dynamique. Néanmoins, grâce aux maraudes mixtes, nous avons pu  repérer et recenser assez rapidement les besoins des personnes vivant sur des bidonvilles peu voire pas connus auparavant, précise Johana Ndong, coordinatrice de l’antenne 95 d’ACINA, qui supervise le dispositif et sa mise en oeuvre opérationnel dans le département

Le premier confinement a eu un impact méthodologique important car il a fallu répondre aux besoins primaires et vitaux des personnes, ainsi, comme pour les autres missions de l’association, les modes d’action ont été impactés et les équipes ont réalisé des distributions de chèques services, de denrées de première nécessité et des kits d’hygiène. Les maraudes mixtes ont néanmoins désormais repris chaque semaine et le dispositif démontre la pertinence des 3 sorties hebdomadaires programmées en binôme avec la Croix-Rouge française.