Ionela et Ionel : l’interview du mois

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Ionela est arrivée en France en 2015, avec son mari Ionel et deux de ses fils. Ils ont décidé de quitter la Roumanie pour des raisons économiques : accéder à des conditions de travail et de vie décentes. De la vie en bidonville au logement, c’est dans leur appartement qu’ils nous ont accueilli pour nous raconter leur parcours d’insertion en France.

« Je m’appelle Ionela, je suis roumaine, je suis mariée, j’ai trois fils et nous habitons aujourd’hui à Maison-Alfort. »

Entre 2015 et 2019, la famille a vécu sur plusieurs bidonvilles en Ile-de-France. En Essonne d’abord (91) à Grigny puis Morangis, puis dans le Val-de-Marne (94) à Périgny et enfin en Seine-et-Marne (77) à Brie-Comte-Robert.

Contraints à se déplacer au gré des expulsions, Ionela et sa famille ont dû faire face aux difficultés qu’elles engendrent. En France, on estime en moyenne qu’une famille est expulsée tous les 4 mois de son lieu de vie : réinscrire les enfants à l’école, perdre une domiciliation, des repères, c’est un ancrage territorial qui est mis à mal, et par là, le processus d’insertion dans son entièreté.

La famille a rencontré ACINA en 2018

« Avant, nous étions suivis par ADOMA. Quelques démarches sociales avaient été faites : une demande de logement social et mon mari a obtenu une carte vitale. Moi je n’avais que l’AME (NDLR : L’Aide Médicale d’Etat permet à des personnes en situation irrégulière résidant en France depuis plus de 3 mois la prise en charge des frais médicaux à 100%). La domiciliation, c’est moi qui l’ai faite toute seule. J’ai rencontré Hélène en 2018 (NDLR : ancienne TS dans l’antenne 94 d’ACINA). Toutes les étapes se sont bien passées. J’avais des rendez-vous réguliers, toutes les deux ou trois semaines et si j’avais un problème je pouvais appeler Hélène. J’ai réussi à obtenir une carte vitale quelques mois après. »

« En mars 2019, j’ai intégré une POEC au centre de formation AFPA Paris ». La Préparation Opérationnelle à l’Emploi Collective est un dispositif rémunéré qui allie des cours de français à visée professionnelle, des ateliers collectifs et un stage en entreprise en lien avec le projet professionnel. « La POEC a duré 3 mois et m’a permis d’apprendre mieux le français. A la fin je voulais faire un stage en boulangerie, mais le formateur m’a positionné pour être agent de nettoyage. »

En Roumanie, Ionela était pâtissière-boulangère, son projet professionnel en France est resté le même.

Au fil des rendez-vous, Ionela, avec l’aide de Fatima Fikri (NDLR : conseillère en insertion professionnelle dans l’antenne 94 d’ACINA) a pu faire son CV et construire son projet professionnel en lien avec ses compétences et envies. En 2020, Ionela obtient un certificat de formation professionnelle en boulangerie à la suite d’une formation diplômante effectuée chez Cuisine Mode d’Emploi(s), une école de formation aux métiers de la restauration créée par Thierry Marx. « C’était très bien comme formation, j’ai beaucoup aimé. En fait, je connaissais déjà le métier, mais c’est le vocabulaire en français lié à la cuisine et à la boulangerie-pâtisserie que je ne maîtrisais pas. ». Ionela explique en souriant qu’elle finissait souvent la première « En cuisine, si on me montrait, je savais ce que c’était et je pouvais le reproduire sans souci, du pain, une brioche, peu importe ! Mais quand il fallait utiliser les bons termes en français c’était plus compliqué. La formation m’a aidé pour ça. » Ionela explique qu’à chaque fin de journée, le.la chef/cheffe restait pour reprendre avec elle le vocabulaire appris. « Valentin et Gabriel (NDLR : ses fils) m’aident aussi pour le français, ils me corrigent tout le temps ! ». Cette formation s’est terminée par un stage de deux/trois semaines que Ionela a fait dans une boulangerie à Paris.

Depuis la fin de sa formation, accompagnée par Fatima Fikri, Ionela cherche un emploi.

« Ce n’est pas facile avec le coronavirus, ils réduisent les effectifs je pense » explique-t-elle. De son côté, après avoir travaillé dans le BTP, Ionel travaille aujourd’hui chez Val de Brie Emmaüs dans le secteur des espaces verts depuis le mois d’octobre 2020. Valentin, le plus jeune de ses fils est inscrit à l’école, il rentre au collège l’année prochaine, Gabriel est livreur de repas en scooter et Alexandru est en formation français-mathématique avec la mission locale pendant environ 3 mois.

Après une demande de logement social faite en 2016, la famille a pu accéder à un logement passerelle avec l’association Solidarité Nouvelle pour le Logement fin 2019

(NDLR : on estime en moyenne 3 ans d’attente pour l’attribution d’un logement social en Ile-de-France)
Un logement passerelle est un dispositif d’intermédiation locative : une association agréée par la préfecture loue un logement (à un particulier ou bailleur social) et le sous-loue à des personnes en situation de précarité pour une durée temporaire et à prix très réduit, tout en assurant le suivi social du ménage (démarches administratives, santé, accompagnement social lié au logement, etc.). L’objectif est qu’au terme du contrat la famille accède à un logement autonome.

Malgré plusieurs obstacles rencontrés par la famille dans leur parcours d’insertion : refus et difficulté d’inscrire l’un de ses enfants à l’école sur une commune, lenteur des démarches administratives voir blocages, non-respect du droit du travail par un employeur en France, Ionela et sa famille poursuivent leur chemin vers une vie plus stable.

Pour l’avenir, Ionela souhaiterait trouver un travail en boulangerie-pâtisserie et changer d’appartement pour quelque chose d’un peu plus grand.

D’ici quelques jours, elle a rendez-vous chez Pôle Emploi pour une aide à l’obtention du permis de conduire, « tout le monde l’a, Gabriel, Alexandru, Ionel, il n’y a que moi ! » plaisante Ionela qui semble très contente à l’idée de ce rendez-vous. Alexandru poursuit sa formation, Gabriel son travail de livreur, Ionel son emploi dans le domaine des espaces verts et Valentin rentrera au collège et commencera le foot en septembre « La dernière fois il m’a dit, je veux voir Fatima, moi aussi j’ai des choses personnelles dont je veux discuter avec elle ! Alors on a fait un rendez-vous et il lui a dit qu’il voulait faire du foot, et Fatima lui a trouvé quelque chose à la rentrée en septembre. » dit Ionela en souriant.

Est-ce que vous voulez ajouter quelque chose ?

« Que je suis très contente d’avoir rencontré ACINA, je ne sais pas comment on aurait fait sans eux. Il faut qu’ils continuent ce qu’ils font, ils travaillent très très bien. »