“Un monde auquel on n’appartient pas mais auquel on veut appartenir” : identifier et résoudre les freins à l’insertion globale des femmes

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“Vivre et parler les discriminations”, intervention d’ACINA à la Journée d’étude sur les discriminations en Seine-Saint-Denis

Après des années d’observation de terrain et d’accompagnement vers l’insertion professionnelle, les cinq antennes d’ACINA dressent le même constat : seule une minorité de femmes accède à l’emploi. Le 5 mai dernier, Elena Rupa, travailleuse sociale, et Sara Tillera Durango, conseillère en insertion professionnelle, toutes deux référentes Projet Femmes dans l’antenne 93 d’ACINA, sont intervenues lors d’une journée d’étude sur les discriminations en Seine-Saint-Denis. Co-construite entre l’École Doctorale Sciences Sociales de l’Université Paris 8, l’Institut Convergence Migration et la Mairie de Saint-Denis, les débats ont permis d’interroger l’influence des discriminations dans l’insertion globale des femmes vivant en bidonville, squat et/ou en hébergement social.

Un accès inégal à l’emploi selon le genre

Indépendamment de leur genre ou de leur âge, les publics accompagnés par ACINA font très fréquemment face aux mêmes difficultés dans leur parcours d’insertion : précarité de leur situation socioprofessionnelle et diverses formes de rejet sont en cause. Les équipes d’ACINA ont toutefois relevé l’existence de nombreux blocages structurels spécifiques aux femmes. “Les freins sont différents chez les femmes car elles passent souvent plus de temps à s’occuper de l’espace privé et ont donc moins de temps libre pour se consacrer à un projet d’insertion.”, explique Sara. Elena ajoute : “Les femmes font également face à un maillage de discriminations diverses. En plus des blocages structurels, elles sont enfermées dans un rôle de genre imposé par la communauté. Cette discrimination intracommunautaire est lourde et renforce le sentiment de rejet.”
Une forme d’oppression patriarcale et interethnique normalisée pèse ainsi sur les épaules des femmes en situation de précarité, et les pousse à abandonner un projet personnel d’insertion professionnelle pour éviter rejets et stigmates. C’est une situation qu’ACINA rencontre trop souvent durant les accompagnements : “Un monde auquel on n’appartient pas mais auquel on souhaite appartenir. C’est de cette manière que les femmes expriment leur vision de l’insertion globale”, résume Elena.

Le Projet Femmes en réponse à ces freins

Appréhender, identifier, et parler des situations discriminatoires est un travail long et délicat : les femmes accompagnées n’utilisent d’ailleurs que très rarement le mot “discrimination”. Lors des journées organisées dans le cadre du Projet Femmes, ACINA propose des espaces d’expression libre, non-mixte, afin d’aborder ces problématiques en toute confiance. “La première étape est de leur donner des outils pour qu’elles se rendent compte des phénomènes discriminatoires à l’œuvre. On travaille donc ensemble sur leur pouvoir d’agir, sur l’accès et le maintien au droit.”, explique Elena. “Nous invitons des personnes qui peuvent raconter leur parcours et les inspirer pour construire leur propre chemin. Il s’agit de montrer que d’autres voies sont possibles, tout en prenant en compte les particularités de chacune.”, complète Sara.
Le phénomène commence dès la puberté, lorsque le mariage précoce peut être imposé aux jeunes filles. Non scolarisées contrairement aux garçons, elles ne peuvent envisager d’autres perspectives d’évolution sociale et professionnelle, au risque d’être stigmatisées. “C’est pour cette raison que l’on réfléchit désormais à un accompagnement spécifique aux jeunes filles, pour traiter le problème à la source. Pour le moment, nous avons besoin de plus d’éléments de compréhension avant de pouvoir proposer des solutions concrètes.”; ajoute Sara.

Sensibiliser : première étape pour favoriser l’insertion professionnelle des femmes

ACINA propose des formations afin de sensibiliser ses partenaires à cette problématique. L’antenne 93 est intervenue auprès des bénévoles et salariés de la Cravate Solidaire qui conduisent des entretiens à l’embauche. “L’axe de sensibilisation et de plaidoyer est très important pour notre travail et pour que les personnes accèdent à leurs droits. Il s’agit de montrer tous les enjeux autour de l’emploi, afin qu’ils adaptent leurs pratiques. L’expérience que les femmes ont acquise dans des emplois informels est une ressource et un savoir-faire tout à fait valorisable dans un parcours d’insertion professionnelle.”, explique Sara. “Nous sensibilisons également pour valoriser l’expertise d’ACINA, qui a développé des méthodologies et stratégies adaptées à un accompagnement qui soit optimal pour ces femmes. Le travail d’ACINA est une vraie ressource pour les partenaires et les institutionnels. De cette manière, nous mettons notre pierre à l’édifice de la lutte générale contre les discriminations et préjugés.”, ajoute Elena.

La deuxième journée organisée dans le cadre du projet Femmes a eu lieu le 4 juin 2021, avec pour thème les conditions de vie dans les habitats précaires.
Plusieurs partenaires sont intervenus lors de cette journée. Le matin, l’association Du Pain et des Roses a proposé un atelier floral. L’après-midi, différents intervenants issus d’ONG ou associations travaillant sur les questions d’eau, hygiène et assainissement ont animé des ateliers en lien avec ces thématiques.

Télécharger le programme ici : Programme de la Journée Femmes