Ticha : l’interview du mois

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Ce mois-ci, dans l’interview du mois, découvrez l’histoire de Ticha. Accompagnée par l’équipe d’ACINA dans le Val-d’Oise depuis fin 2021, Ticha est arrivée en France en 2018 et a obtenu le statut de réfugiée en 2020. Elle nous a raconté son parcours d’insertion, les difficultés rencontrées et son combat pour accéder à de meilleures conditions de vie. Une femme forte et inspirante, comme on en rencontre beaucoup chez ACINA.

 

“Je m’appelle Ticha, j’ai 33 ans et je suis d’origine congolaise. Je suis en France depuis le 10 avril 2018 et j’ai obtenu le statut de réfugiée en juillet 2020.”

 

Aujourd’hui, Ticha est hébergée dans un appartement via l’association ADOMA où elle vit avec son fils, dans le Val-d’Oise. Un long chemin vers une situation plus stable, que Ticha nous raconte “Quand je suis venue en France, j’étais toute seule et je ne connaissais personne. Pour contacter le 115, je ne savais même pas comment faire, je ne savais pas vers qui me tourner, et il y a des gens, des hommes qui profitent de ces moments de faiblesse. Je me baladais souvent à la gare, je n’avais aucun endroit où dormir, où manger, où me laver ou me changer. J’ai rencontré un vieux français qui m’a dit qu’il pouvait m’aider, mais ça n’était pas vrai. J’ai fini par rencontrer une dame qui parlait la même langue que moi, qui m’a aidé à appeler le 115. Je pense que le parcours 115 a été la plus grande difficulté que j’ai rencontré en France, il n’y avait pas de place, il faisait très froid, je tombais toujours malade, je ne pouvais pas prendre soin de mon corps. C’était pas facile cette vie, surtout en étant une femme seule, c’est très dur d’être à la rue. Quand j’ai trouvé le CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile) à Sarcelles, c’était mieux, il y avait une chambre, une cuisine et une salle de bain, on nous donnait des petits ustensiles pour cuisiner. À partir de là, j’ai commencé à respirer.”

 

Lorsque Ticha a rencontré ACINA, elle vivait dans un CADA à Sarcelles “il y avait des assistantes sociales et des juristes, avec qui j’ai préparé tout le dossier pour la demande d’asile. Dès que j’ai obtenu le statut de réfugiée, Marine mon assistante sociale au CADA m’a mis en contact avec ACINA et j’ai rencontré Faustine (conseillère en insertion professionnelle chez ACINA dans le Val-d’Oise et désormais à Paris) fin 2020.” explique-t-elle.

 

“Avec Faustine, on avait souvent des rendez-vous ensemble. Quand je l’ai rencontrée, je lui ai expliqué que je voulais faire une formation d’Agent de Service Hospitalier (ASH), pour avoir un diplôme et travailler. Avant que je rencontre Faustine, j’avais beaucoup de mal à échanger avec Pôle Emploi, je n’arrivais jamais à les joindre, quand j’avais des rendez-vous ça n’avançait pas. Avec Faustine, tout est allé très vite, elle m’a aidé à échanger avec ma conseillère et à trouver une formation ASH financée par Pôle Emploi, j’ai fait les tests à Pantin et j’ai été prise. La formation a duré 3 mois entre février et avril 2021, pendant laquelle j’ai aussi fait un stage de 3 semaines dans une clinique à Stains, tout s’est très bien passé. Faustine m’a beaucoup aidé pour ça” raconte Ticha.

 

Au moment de sa formation, Ticha était enceinte, elle n’a alors pas pu commencer à travailler de suite, mais compte bien débuter dès que possible. “Le bébé est encore petit, mais là je suis à la recherche d’une crèche ou d’une assistante maternelle. J’ai fait une demande pour la crèche mais j’attends, c’est compliqué de trouver une place. Dès que j’aurais trouvé, je recherche un travail, j’ai très envie de travailler. Avec ma formation, je peux travailler en clinique, en maison de retraite ou dans les hôpitaux par exemple.”

 

Par ailleurs, Ticha participe activement au projet Femmes porté par ACINA, elle est présente lors des ateliers et journées organisées, mais elle prend également part, depuis peu, au comité de pilotage du projet, afin de nous aider,, avec d’autres femmes, à construire le projet, pour que les premières concernées y occupent une place centrale. “Je participe souvent au projet Femmes. Ça m’apporte un plus, ça me permet de connaître des choses que je ne savais pas avant, ça me permet de faire des rencontres, de rencontrer des femmes de différents pays. Je suis en train d’améliorer comment je peux être en France. Je sais que j’ai le droit de contacter des associations, que je peux demander de l’aide. Les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles (venues témoigner dans le cadre du projet femmes) m’ont donné beaucoup de force pour ça, avant je ne savais pas que j’avais le droit de me lever, d’aller taper à la porte des mairies, des préfectures, pour faire reconnaître mes droits. Ces deux dames (Sylvie Kimissa et Rachel Kéké) m’ont donné beaucoup de courage avec leur témoignage, il faut toujours y aller, taper aux portes si on a un souci ou si nos droits ne sont pas respectés. Elles m’ont donné beaucoup de force, je ne peux pas oublier ça. Je sais maintenant, qu’ici en France, j’ai le droit, être immigrée en France, j’ai le droit.”

 

Pour l’avenir, Ticha a plusieurs souhaits. “Je voudrais que mon fils aille à la crèche, j’aimerais améliorer mon français, mais aussi être un exemple. J’aimerais être un exemple pour des femmes comme moi qui viennent en France, leur expliquer ce que j’ai vécu, les aider à trouver des associations, je veux être là pour aider d’autres femmes qui en auraient besoin. Je voudrais aussi travailler, je ne baisse pas les bras, je veux être aide-soignante.”