Participation d’ACINA à la 8ème conférence internationale des femmes roms

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« Protéger les droits humains et la dignité des femmes issues des communautés roms et des « gens du voyage » en temps de crise » était l’objet de la 8ème conférence internationale des femmes roms qui s’est tenue à Strasbourg fin 2021 et à laquelle ACINA a participé.

 

De nombreux rapports d’enquêtes de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne soulignent que les femmes migrantes sont plus vulnérables, plus sujettes à l’exclusion sociale, et aux discriminations, du fait des multiples dominations dont elles sont victimes, notamment au regard de leur genre et de leur appartenance ethnique réelle ou supposée. Ainsi, s’agissant des femmes roms, les discriminations intersectionnelles qui pèsent sur elles, les confrontent à une pluralité d’obstacles au regard de leur accès à l’emploi et de leur insertion au sens large.

Ces prises de conscience au niveau européen ont mené le Conseil de l’Europe à soutenir certaines initiatives, telle que la création du réseau international des femmes roms (IRWN) et à instaurer des espaces de dialogue afin de faire émerger un cadre d’action commun. En 2007 avait ainsi lieu la première Conférence internationale des femmes roms à Stockholm. Quatorze ans plus tard, la 8ème avait lieu à Strasbourg.

Elena Rupa, travailleuse sociale chez ACINA s’y est rendue. “L’idée est de réunir les femmes issues des communautés roms, gens du voyage, etc. pour discuter des problématiques de discriminations et d’intégration. Cette conférence était axée sur la COVID et les répercussions que la pandémie a pu avoir sur ces femmes à différentes échelles”.

Regroupant 130 participant.e.s provenant de différents pays membres de l’Union européenne – institutions, réseaux internationaux, organisations non-gouvernementales et associations de terrain – la Conférence était divisée en deux temps. Sessions plénières, débats et interventions le matin et groupes de travail l’après-midi.

Intersectionnalité et “racisme environnemental”

“ACINA a participé à deux groupes de travail. Le premier était axé sur l’intersectionnalité, avec comme intervenantes une chercheuse d’un centre d’étude portugais et une femme trans activiste qui nous ont parlé du féminisme rom. Au sein de la communauté les personnes LGBTQIA + sont très peu représentées, le sujet est très peu abordé et très tabou. L’objectif de ces groupes de travail était d’aboutir à la formulation de propositions et recommandations au Conseil de l’Europe, dans le but d’améliorer les stratégies existantes.” explique Elena Rupa. 

Le deuxième groupe de travail auquel ACINA a participé portait sur le “racisme environnemental”, avec l’intervention de chercheur.se.s à l’université de Cluj en Roumanie et une chercheuse indépendante experte en santé. 

ACINA était la seule structure française présente intervenant en bidonville. Elena a ainsi participé aux échanges en apportant son expertise en tant que travailleuse sociale de terrain. “J’ai eu l’impression que la thématique des bidonvilles était un sujet peu connu des autres acteurs européens, hormis en Italie. Nous avons notamment échangé sur les impacts de l’environnement et des conditions de vie sur la santé des personnes, par ailleurs exacerbés par la crise sanitaire. Il ne s’agit pas que de répercussions physiques, il y a aussi tout le sujet santé mentale que la violence et le racisme environnemental mettent à mal. Nous avons aussi abordé les questions de discriminations, de justice sociale, d’accès à l’éducation et de la difficulté de maintenir une scolarité durable et sereine sans ressource matérielle dans des conditions de vie très précaires. La question de l’éloignement géographique, des évacuations et leurs effets est primordiale également. Par exemple, une personne qui vit en moyenne 4 expulsions par an, c’est aussi 4 descolarisations, 4 changements de lieux de vie, 4 ruptures d’ancrage territorial et très peu de propositions de mises à l’abri. Lorsqu’il y en a, elles sont parfois très éloignées, inaccessibles pour les personnes qui n’ont parfois pas les moyens nécessaires pour y arriver et s’y maintenir. Même pendant la COVID il y a eu des expulsions à un moment où le besoin de mettre les gens en sécurité était encore plus criant. La plupart des mises à l’abri ont pris fin après le confinement. La crise du COVID a eu un impact important et conséquent à tous les niveaux.” 

Les recommandations du groupe de travail étaient axées sur le besoin de stratégies nationales sur les questions d’accès au logement, aux droits, à la santé, à l’éducation et à l’emploi. “Le droit commun existe en France aujourd’hui, mais il ne permet pas à toutes et tous d’avoir un accès au droit égal et d’avoir une vie digne. Il faut protéger la dignité des personnes et mettre en place des stratégies spécifiques.” ajoute Elena.

Faire avec les premières concernées 

En tant que femme rom et professionnelle chez ACINA, Elena a également pu partager son expérience personnelle et professionnelle et apporter des éléments de réflexion complémentaires aux échanges. “J’ai notamment parlé des discriminations qui existent quotidiennement au sein de la société, mais il y en a également au sein de la communauté. On subit des oppressions intra-communautaires ou intrafamiliales, et pas que sociétales ou structurelles. Les femmes n’ont pas tous les éléments nécessaires pour nommer ces oppressions, discriminations, etc ! La question c’est comment peut-on travailler au sein de la communauté aussi, ou de la famille, pour arriver à trouver l’équilibre, informer et sensibiliser afin de donner les outils nécessaires et le pouvoir d’agir aux femmes dans un contexte intra et extra-communautaire.” 

Malgré la volonté de faire avec, Elena déplore la trop rare présence de premières concernées au sein de ce type de conférence “Les femmes “les plus concernées” sont éloignées de ce type de rencontre bien que la question de l’empowerment par exemple soit très mise en avant. Finalement, on retrouve chaque fois les mêmes personnes les plus privilégiées. On veut voir du changement, d’autres femmes « changemaker » et pourquoi pas, passer le relais pour préparer la nouvelle génération d’activistes. Nous aimerions que ces femmes soient au cœur des stratégies, ce n’est plus possible de faire sans nous. Il faut que les femmes, premières concernées, soient entendues, qu’elles puissent trouver leur place aux plus hauts niveaux, qu’elles soient elles-mêmes les actrices de leur propre changement, sans rapport de pouvoir dominant-dominé.”

Troisième journée du projet Femmes d’ACINA

Dans le cadre de son travail d’accompagnement auprès de familles vivant en situation de précarité et de mal-logement, ACINA accorde une attention particulière aux femmes. Celle-ci a mené l’association à créer un projet Femmes, spécifiquement dédié, afin d’identifier avec elles, les freins à leur insertion professionnelle et les leviers mobilisables pour y répondre. Le projet est ainsi co-construit pour qu’elles puissent trouver un espace pour être actrices de leur changement.

Le vendredi 10 décembre a eu lieu la 3ème journée dans le cadre du projet. D’ateliers artistiques à la photo portrait, les femmes ont pu se raconter en utilisant l’art comme langage. ACINA a également eu le plaisir de recevoir les femmes de l’hôtel Ibis Batignolles, venues raconter leur lutte pour accéder à des conditions de travail plus dignes, qui ont mené à de riches échanges avec les femmes accompagnées par ACINA. Des femmes fortes et inspirantes que nous remercions pour leurs témoignages.

 

Sur le même sujet :

 

[Article] MICHON Romane, “Le racisme environnemental en France (2e partie) : le cas des bidonvilles d’Île-de-France”, Jonction Press, 12/01/2022

 

[Article]  “Femmes en bidonville : ACINA déploie un dispositif dédié”, ACINA, 26/11/2020

 

[Article]  “Un monde auquel on n’appartient pas mais auquel on veut appartenir” : identifier et résoudre les freins à l’insertion globale des femmes”, ACINA, 01/06/2021